Le roi David jouant de la harpe
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Voici des extraits de l’ouvrage Être conduits à la prière… Introduction à la Liturgie des Heures, par le père Guy Frénod, aux éditions de Solesmes.

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Éléments qui composent
les offices de la Liturgie des Heures

Les psaumes

Les psaumes sont à la base de la Liturgie des Heures. L’usage chrétien est cependant différent de celui des juifs car il donne aux psaumes une application christologique et en fait une voie pour la prière de louange, la méditation de la perfection divine et l’expression de la misère humaine.

Les psaumes sont porteurs d’une grâce de prière, qui est inséparablement personnelle et communautaire. Cette prière, véritable trésor dont l’Église tire de l’ancien et du nouveau, rappelle les événements sauveurs du passé, et s’étend jusqu’à l’accomplissement de toutes les promesses divines. Elle est une forme de présence du Messie Sauveur : priés et réalisés par lui, les psaumes demeurent essentiels à la prière de l’Église.

Plusieurs méthodes ont été pratiquées pour la lecture des psaumes. L’une consiste à faire une lecture continue de l’ensemble des psaumes : saint Benoît recommandait comme un minimum, la prière de l’ensemble des 150 psaumes en une semaine. Depuis Vatican II, le cycle des psaumes peut être réparti en deux ou quatre semaines.

L’autre méthode de lecture est de réserver les psaumes à certaines Heures en fonction de leur contenu : cela peut se faire en fonction de l’heure, du jour et du temps liturgique. Dans ce but, les antiennes permettent de souligner une interprétation particulière d’un psaume choisi pour un temps liturgique donné.

Les psaumes sont avant tout des poèmes. Ils sont chantés comme une louange sacrée soit par un soliste, soit par l’assemblée (en alternance entre deux chœurs, en insérant des antiennes).

L’usage de chanter un Gloria Patri à la fin des psaumes n’est pas nouveau : il remonte au 4ème siècle et a été adopté par toutes les règles monastiques latines. C’est le rappel permanent de l’orientation trinitaire de notre prière liturgique. Les antiennes peuvent aider à comprendre le sens des psaumes et à prier.

Les cantiques bibliques et les hymnes

Les cantiques bibliques (ils étaient très fréquents dans l’Antiquité et leur nombre a encore augmenté dans l’usage bénédictin et dans l’office romain) et l’hymnographie sont comme un prolongement de la psalmodie, tandis que les lectures et les prières sont d’un genre différent.

Les cantiques de l’Ancien Testament sont surtout présents dans les prières du matin et pour l’office de nuit ; les cantiques évangéliques sont mieux répartis entre les différents offices. Grâce à Vatican Il ont été introduits d’autres cantiques du Nouveau Testament tirés de l’Apocalypse, des Épîtres de saint Pierre et de saint Paul.

L’hymnographie désigne les chants qui ne sont ni des psaumes, ni des cantiques bibliques, mais qui font partie de la célébration liturgique. Ce sont des poèmes sacrés, du fait de leur contenu et de leur usage exclusivement liturgique.

Le père de l’hymnographie en Orient est le diacre saint Éphrem qui a été traduit en grec par Romanos le Mélode. En Occident latin, saint Ambroise (4ème s.) est reconnu comme le véritable fondateur de l’hymnodie. Il voulait ainsi toucher les masses populaires. Ses hymnes ont été adoptées par les bénédictins, puis plus tardivement, par toute l’Église romaine.

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De la récitation à la prière des psaumes

Lorsque les apôtres demandèrent au Seigneur de leur apprendre à prier, la réponse suivit, simple et immédiate. Il ne fut pas nécessaire de développer de longues théories, ni d’exposer des méthodes : Jésus prie à haute voix et montre ainsi à ses disciples comment il faut prier. Il priera même un psaume sur la Croix (Psaume 21).

Comment « prier les psaumes »

Pour répondre à la question souvent posée aux moines : « Comment peut-on prier avec les psaumes dont le texte, même traduit, reste mystérieux et trop souvent déroutant », l’exemple semble encore la démonstration la plus expressive.

En effet, réciter un psaume n’est pas de soi réciter une prière. Il faut prier les psaumes, et c’est parfois difficile. Certes, le Seigneur inspire et guide notre prière, mais sans nous dispenser du rôle qui nous revient.

Les psaumes constituent désormais la prière officielle de l’Église, dans la forme que lui donne la Liturgie des Heures. Louanges, supplications, actions de grâces, reflètent l’attitude de tout homme en face de Dieu, dans les différentes circonstances de sa vie, disons aux différentes Heures de sa journée et de sa vie.

Prières du Christ

Toutes les prières de l’Ancien Testament, en devenant celles du Christ et de son Église, ont reçu une inépuisable richesse de signification. Les applications, en devenant prières personnelles, sont forcément multiples. Les circonstances même de la vie peuvent apporter des lumières nouvelles, sur les mystères exprimés.

Dès les origines de l’Église, saint Paul invitait à prier les psaumes : « Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ». Les réformes liturgiques ont été nombreuses au cours de l’histoire de l’Église, pourtant, encore de nos jours, dans la Liturgie des Heures, en toutes les régions de la terre, les psaumes occupent la place centrale. Bien des textes de la sainte messe sont aussi empruntés au psautier.

C’est un fait, mais comment en rendre compte ? Ce n’est pas par simple routine, parce qu’on a toujours procédé ainsi. Depuis Jésus et sa Mère, pendant plus de 20 siècles, les apôtres, les martyrs, tous les saints, comme les plus humbles chrétiens, tous ont prié les psaumes.

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Actualisation des psaumes

Le psalmiste, certes inspiré par l’Esprit Saint, est un homme d’une autre époque et d’un autre pays. De plus, il n’est pas unique. Or, nous le savons, Dieu n’est pas seul acteur dans la rédaction des textes inspirés, bien qu’il le soit réellement.

En effet, pour transmettre sa Parole par les Livres sacrés, il a choisi des hommes auxquels il a eu recours, comme le dit encore la Constitution conciliaire sur la Révélation : « Dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir et cela seulement… ».

C’est donc la voix des hommes de l’Ancien Testament, et même leurs supplications et leurs cris de détresse, que nous percevons dans les psaumes. Chacun de ces hommes est assuré du salut promis par Dieu, et il lui rend grâces. Mais en attendant dans la foi la pleine réalisation de cette promesse, il est aux prises avec tout ce qui s’oppose à Dieu : les ennemis de toute sorte, les jaloux, les profiteurs, les fourbes, etc.

Au milieu de ses tourments, il garde confiance en son Dieu, et il le remercie des délivrances déjà accomplies en faveur de ceux qui l’aiment : « Car éternel est son amour ».

Tout cela, nous pouvons l’expérimenter, mais au travers de situations historiques et sociales tout à fait différentes.

De plus, la fidèle transcription des psaumes nous livre un langage poétique, certes, mais propre à une culture qui ne nous est pas familière. Le lecteur moderne, de culture non sémitique, se trouve donc en présence de textes souvent obscurs, et même qui heurtent parfois le sens moral éclairé par vingt siècles de christianisme.

Harmonie des cœurs et de la voix

Dans cette condition, la prière des psaumes, surtout dans le mouvement d’une liturgie célébrée en commun, peut-elle réellement devenir notre propre prière, s’il est vrai, comme le recommande saint Benoît dans sa Règle, et plus récemment le second Concile du Vatican, que nous devons harmoniser nos âmes avec nos voix, c’est-à-dire avec les paroles que nous prononçons ?

La suite du même texte conciliaire qui fait écho à la Règle, nous indique le moyen de parvenir à cet accord : « Pour mieux y parvenir, il faudra se procurer une connaissance plus abondante de la liturgie et de la Bible, et principalement des psaumes ».

Il faut cependant noter au passage qu’on ne nous recommande pas d’adapter les psaumes à nos propres dispositions, mais de « mettre notre âme en harmonie » avec les textes sacrés. Il en va toujours de même quand il s’agit de la sainte Écriture. Nous devons l’aborder avec un profond respect, car c’est elle qui doit nous transformer et non l’inverse !

Nous touchons ici à l’un des motifs les plus forts qui ont inspiré à l’Église la conservation ininterrompue de ces textes bibliques pour sa prière : par eux, nous sommes formés peu à peu à la prière, si nous acceptons toutefois de nous mettre à leur école, par une fréquentation assidue et active.

Le langage des psaumes

Une nécessité s’impose donc : apprendre à les connaître, à découvrir la signification de leur langage, avec ses images, ses symboles, voire même ses amplifications, bien coutumières chez les peuples de la Bible.

En fait, les données de base qui fourniront la clé des psaumes sont assez réduites, et quiconque peut, quelle que soit son appartenance culturelle, et s’il possède le sens de Dieu et de la prière, assimiler le langage des psaumes.

Un minimum de connaissances de l’histoire du peuple élu est cependant indispensable, car de nombreuses allusions sont faites aux grandes étapes du salut qui préparaient la venue du Christ, et par suite, notre vie et notre prière de chrétiens. Le cadre géographique est très limité : il se situe à la jointure de l’Asie Mineure et de l’Afrique ; la Palestine, l’Égypte, la Syrie, et les autres pays païens limitrophes, chacun avec ses éventuels surnoms.

Les sentiments exprimés sont ceux de tout homme possédant le sens de Dieu, du bien et du mal qui s’y oppose, du bonheur, de la confiance combattue par la crainte, etc.

Le vocabulaire est de peu d’étendue, dépourvu de termes abstraits, auxquels les images sont préférées : l’eau purifie, vivifie, mais peut aussi engloutir et perdre. La corne du taureau, c’est le symbole de la force ; la forteresse, c’est Dieu qui protège ceux qui se réfugient en lui par la confiance, etc.

Il n’ en reste pas moins que certains passages sont obscurs pour les spécialistes eux-mêmes et que d’autres concernent des réalités qui ont, depuis la venue du Christ, perdu leur actualité : l’attente de la restauration nationale d’Israël, les appels pour obtenir des châtiments exemplaires (que sa femme soit veuve et ses enfants orphelins… !). Il nous faudra alors découvrir la signification spirituelle de ces passages difficiles.

Un fait demeure : c’est toujours son peuple que Dieu appelle, délivre et rachète ; ce sont toujours les ennemis de son peuple qu’il juge et condamne. Il a toujours sa demeure parmi les hommes. « Son Amour s’étend d’âge en âge… ».

Mais depuis la Pâque du Christ, le Peuple de Dieu, c’est désormais l’Église universelle, l’Israël nouveau et spirituel, c’est-à-dire la communauté de tous ceux qui, visiblement ou invisiblement, sont unis au Christ Sauveur et qui accueillent sa grâce.

Son Temple n’est plus l’édifice massif de Jérusalem, bâti en 46 ans, mais le Corps ressuscité et glorifié du Christ et le cœur de ses fidèles.

Son serviteur souffrant et suppliant, accablé par les outrages, c’est Jésus en la personne de tous ceux qui portent leur croix à sa suite, en réponse à son appel.

Les ennemis, ce sont désormais les puissances du mal qui s’opposent de multiples manières à l’avènement du Royaume de Dieu, c’est aussi celui qui sème inlassablement l’ivraie dans le bon grain.

Ainsi compris, les psaumes prennent pour nous un tout autre visage, et nous ne pouvons pas ne pas songer à renouveler la demande des disciples du Seigneur : « Seigneur, apprends-nous à prier ».

Le Psaume de Jésus

C’est la même prière qu’il nous enseigne au travers des psaumes, mais sous une autre forme, car le Notre Père, dans sa brièveté, renferme toutes les formes de prière, c’est la prière parfaite : le Psaume de Jésus.

Pour nous qui avons été baptisés dans le Christ, les psaumes sont d’abord la prière de Jésus, et c’est pourquoi ils constituent l’élément central de la Liturgie des Heures. Nous les récitons en notre nom, mais aussi au nom de ceux qui ne prient pas, au nom de toute l’Église, et toujours en communion avec Jésus Ressuscité, vivant parmi nous.

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