Le roi David jouant de la harpe
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Voici un extrait de la Présentation Générale de la Liturgie des Heures (PGLH) qui présente la relation qu'ont les psaumes avec la prière chrétienne.

Chapitre III
Les divers éléments
de la liturgie des heures

I. Les psaumes et leur relation
avec la prière chrétienne

100 Dans la Liturgie des Heures, l’Église prie en grande partie avec ces chants magnifiques composés, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, par les auteurs sacrés de l’Ancien Testament. De leur origine, en effet, ces poèmes tiennent la vertu d’élever à Dieu l’esprit des hommes, d’éveiller en eux des sentiments religieux et saints, de les aider admirablement à rendre grâce dans les circonstances heureuses, et de leur apporter consolation et force d’âme dans l’adversité.

101 Cependant, les psaumes ne font qu’esquisser la plénitude des temps qui est apparue dans le Christ Seigneur et dans laquelle la prière de l’Église puise sa force. Il n’est donc pas étonnant si, tous les chrétiens étant d’accord pour estimer hautement les psaumes, telle ou telle difficulté surgit parfois lorsqu’on essaie de s’approprier dans la prière ces poèmes vénérables.

102 Mais l’Esprit Saint, sous l’inspiration duquel les psalmistes ont chanté, vient toujours avec sa grâce au secours des croyants qui chantent ces poèmes avec bonne volonté. En outre, il est nécessaire que, chacun selon ses forces, « ils se procurent une connaissance plus abondante de la Bible, et principalement des psaumes† », et qu’ils comprennent comment, par quelle méthode, ils peuvent bien prier en les récitant.

† Const. sur la Liturgie, n. 90.  

103 Les psaumes ne sont pas des textes à lire, ni des prières en prose, mais des poèmes de louange. Bien qu’ils aient pu quelquefois avoir été utilisés sous forme de lecture, cependant, c’est à juste titre, en raison de leur genre littéraire, qu’ils sont appelés en hébreu Tehillim, c’est-à-dire « cantiques de louange », et en grec psalmoi, c’est-à-dire « cantiques à chanter au son du psaltérion ». En effet, tous les psaumes possèdent un caractère musical qui détermine la manière dont il convient de les chanter. C’est pourquoi, même si le psaume est dit sans être chanté, et même dans la solitude et en silence, cette récitation doit être commandée par son caractère musical : sans doute il présente un texte à notre esprit, mais il tend davantage à toucher les cœurs de ceux qui psalmodient et de ceux qui écoutent, voire de ceux qui jouent « sur le psaltérion et la cithare ».

104 Celui qui sait vraiment psalmodier parcourt donc les versets en les méditant l’un après l’autre ; il est toujours prêt dans son cœur à y répondre comme le veut l’Esprit, qui a inspiré le psalmiste et inspirera aussi ceux qui sont prêts à recevoir sa grâce. C’est pourquoi la psalmodie, tout en exigeant le respect qui convient à la majesté de Dieu, doit se dérouler dans la joie du cœur et la douceur de l’amour, ainsi qu’il convient à la poésie sacrée et au chant divin, mais surtout à la liberté des enfants de Dieu.

105 Sans doute, nous pouvons souvent prier avec facilité et ferveur sur les paroles du psaume, en rendant grâce et en glorifiant Dieu dans l’allégresse, ou bien en le suppliant du fond de nos angoisses. Cependant d’autres fois — surtout si le psaume ne s’adresse pas immédiatement à Dieu — une difficulté peut surgir. Le psalmiste en effet, justement parce qu’il est poète, s’adresse souvent au peuple, par exemple en rappelant l’histoire d’Israël ; parfois il interpelle d’autres créatures, sans excepter celles qui sont dépourvues de raison. Il fait parler Dieu et les hommes, voire, comme dans le psaume 2, les ennemis de Dieu. On voit par là que le psaume ne prie pas de la même manière qu’une prière ou une collecte composée par l’Église. En outre, ce qui s’accorde avec la nature poétique et musicale des psaumes, c’est qu’ils ne s’adressent pas nécessairement à Dieu, mais qu’ils sont chantés devant Dieu, comme nous en avertit saint Benoît : « Considérons donc comment il faut être sous le regard de la Divinité et de ses anges, et tenons-nous dans la psalmodie de façon que notre âme soit accordée à notre voix†. »

† Règle, c. 19.

106 Celui qui psalmodie ouvre son cœur aux sentiments dont les psaumes sont animés, chacun selon son genre littéraire, que ce soit le genre de lamentation, de confiance, d’action de grâce, ou qu’il y ait d’autres genres, soulignés à juste titre par les exégètes.

107 En s’appliquant au sens littéral des psaumes, celui qui les chante s’attache à leur importance pour la vie humaine des croyants. Il est certain, en effet, que chaque psaume a été composé dans des circonstances particulières, que les titres qui les précédent dans le psautier hébraïque cherchent à évoquer. Mais quoi qu’il en soit de son origine historique, chaque psaume a un sens littéral que, même à notre époque, nous ne pouvons pas négliger. Et bien que ces poèmes soient nés en Orient il y a de nombreux siècles, ils expriment bien les douleurs et l’espérance, la misère et la confiance des hommes de toute époque et de toute région, et, surtout, ils chantent la foi en Dieu, ainsi que la révélation et la rédemption.

108 Celui qui psalmodie dans la Liturgie des Heures ne psalmodie pas tellement en son propre nom qu’au nom de tout le Corps du Christ, et même en tenant la place du Christ lui-même. Si l’on se rappelle cela, les difficultés disparaissent, au cas où l’on s’aperçoit que les sentiments intimes, tandis que l’on psalmodie, sont en désaccord avec les sentiments exprimés par le psaume ; par exemple, si étant accablé de tristesse, on rencontre un psaume de jubilation, ou bien, dans le succès, un psaume de lamentation. Dans la prière purement privée, il est facile d’éviter cet inconvénient, car on est libre de choisir un psaume accordé à ses sentiments. Mais dans l’office divin, on ne psalmodie pas à titre privé : c’est au nom de l’Église que le cycle officiel des psaumes est pratiqué même par celui qui dit une Heure en étant seul. Celui qui psalmodie au nom de l’Église peut toujours trouver un motif de joie ou de tristesse car, en ce sens aussi, se vérifie la parole de l’Apôtre : « Joyeux avec ceux qui sont joyeux, pleurant avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15) ; et ainsi la fragilité humaine, blessée par l’amour de soi, est guérie à ce niveau de charité où l’âme s’accorde avec la voix chez celui qui psalmodie†.

† Cf. S. Benoît, Règle.

109 Celui qui psalmodie au nom de l’Église doit s’attacher au sens plénier des psaumes, surtout à leur sens messianique, car c’est à cause de lui que l’Église a adopté le psautier. Ce sens messianique a été pleinement manifesté dans le Nouveau Testament, et même il a été clairement exprimé par le Christ Seigneur lorsque celui-ci disait aux Apôtres : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes » (Lc 24, 44). Un exemple bien connu de ce fait est le dialogue, chez saint Matthieu, au sujet du Messie, fils de David et son Seigneur†, où le psaume 109 s’entend du Messie.

En continuant dans cette voie, les Pères de l’Église ont reçu et expliqué tout le psautier comme une prophétie concernant le Christ et l’Église ; et c’est pour cette raison que les psaumes ont été choisis pour la liturgie. Bien que parfois on ait admis certaines interprétations artificielles, en général les Pères aussi bien que la liturgie ont entendu légitimement dans les psaumes le Christ criant vers son Père, ou le Père parlant avec son Fils ; ils y reconnaissaient même la voix de l’Église, des Apôtres ou des martyrs. Cette méthode d’interprétation a fleuri encore au Moyen Âge : en effet, dans beaucoup de psautiers manuscrits du Moyen Âge, on proposait aux utilisateurs des psaumes un sens christologique indiqué dans le titre de chacun. L’interprétation christologique ne s’est jamais restreinte aux psaumes considérés comme messianiques, mais elle s’étend à beaucoup d’autres ; pour certains ce sont de simples appropriations, mais recommandées par la tradition de l’Église.

Surtout pour la psalmodie des jours de fête, les psaumes ont été choisis pour un motif christologique, et c’est pour le mettre en lumière que l’on propose souvent des antiennes tirées des psaumes eux-mêmes.

† Mt 22, 44 ss.

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