Le roi David jouant de la harpe
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« Le psaume n’est pas destiné à être lu des yeux mais à être proféré par la bouche. Qui dit le psaume mange la Parole en vue de devenir lui-même ce qu’il dit. Celui qui psalmodie en vérité devient lui-même psaume pour Dieu. » Père Joseph Gelineau

Psaume 82 (hébreu 83)

Ils ont fait alliance contre toi

 
2
Dieu, ne garde pas le silence,
 
 
ne sois pas immobile et muet.
 
3
Vois tes ennemis qui grondent,
 
 
tes adversaires qui lèvent la tête.

 
4
Contre ton peuple, ils trament un complot,
 
 
ils intriguent contre les tiens.
 
5
Ils disent : « Venez ! retranchons-les des nations :
 
 
que soit oublié le nom d’Israël ! »

 
6
Oui, tous ensemble ils intriguent ;
 
 
ils ont fait alliance contre toi,
 
7
ceux d’Édom[1] et d’Ismaël[2],
 
 
ceux de Moab[3] et d’Agar[4] ;

 
8
Guébal[5], Ammon[6], Amalec[7],
 
 
la Philistie[8], avec les gens de Tyr[9] ;
 
9
même Assour[10] s’est joint à eux
 
 
pour appuyer les fils de Loth[11].

           

 
10
Traite-les comme tu fis de Madian[12],
 
 
de Sissera et Yabin[13] au torrent de Qissôn[14] :
 
11
ils ont été anéantis à Enn-Dor[15],
 
 
ils ont servi de fumier pour la terre.

 
12
Supprime leurs chefs comme Oreb et Zéèb[16],
 
 
tous leurs princes, comme Zéba et Salmuna[17],
 
13
eux qui disaient : « À nous,
 
 
à nous le domaine de Dieu ! »

 
14
Dieu, rends-les pareils au brin de paille,
 
 
à la graine qui tourbillonne dans le vent.
 
15
Comme un feu dévore la forêt,
 
 
 comme une flamme embrase les montagnes, *
 
16
oui, poursuis-les de tes ouragans,
 
 
 et que tes orages les épouvantent !

 
17
Que leur front soit marqué d’infamie,
 
 
et qu’ils cherchent ton nom, Seigneur !
 
18
Frappés pour toujours d’épouvante et de honte,
 
 
qu’ils périssent, déshonorés !

 
19
Et qu’ils le sachent : †
 
 
toi seul, tu as pour nom Le Seigneur,
 
 
le Très-Haut sur toute la terre !
Doxologie
 
 
Gloire au Père… Voir le détail
Après un distique :
 
 
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, *
 
 
pour les siècles des siècles. Amen.
Après un tristique :
 
 
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, †
 
 
au Dieu qui est, qui était et qui vient, *
 
 
pour les siècles des siècles. Amen.
Après une strophe de quatre ou six lignes :
 
 
Rendons gloire au Père tout-puissant,
 
 
à son Fils, Jésus Christ, le Seigneur,
 
 
à l’Esprit qui habite en nos cœurs,
 
 
pour les siècles des siècles. Amen.
Oraison
Dieu Très-Haut qui as soumis à ton Fils Jésus toutes les puissances de haine et d’orgueil, poursuis les adversaires de son Église jusqu’à ce qu’ils cherchent ta face. Défais leur alliance contre toi, et mène-les à la connaissance de ton nom.

Version œcuménique. Texte liturgique.
Copyright © 2012 A.E.L.F. pour la traduction des psaumes, les oraisons et les titres.
Tous droits réservés.

Psalmodiez à l’aide de tons simples
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Éclairage sur le Psaume 82
Que le règne du Seigneur vienne
Ce psaume est trop souvent déprécié parce que considéré, à tort, comme une vulgaire prière d’imprécation, prière qui appelait la colère divine à anéantir l’ennemi comme par enchantement. Les premiers pères du désert, et les premiers Juifs, n’ignoraient pas que l’amour du Seigneur à l’égard des hommes est bien plus grand leur propre cœur. Que la prière n’est pas un gentil monologue étouffé dont il faut s’acquitter hypocritement mais au contraire un véritable dialogue sincère avec son créateur. Le seigneur scrute les cœurs (Ps 7). Quelle valeur pourrait avoir notre prière si nous omettons d’exprimer les sentiments, même les plus vifs, qui pétrissent notre cœur ? Si tout va bien, un remerciement paraît approprié. Mais si l’ennemi nous encercle, si il nous nargue, nous provoque à un point tel que nous craignons pour notre avenir, celui de notre famille, celui de notre peuple, que nous sommes oppressés, que nous souffrons perpétuellement de l’affront qui nous est fait, faudrait-il taire tout cela, sachant que l’amour du seigneur est immense à notre égard, qu’il veut notre bien ? Faudrait-il, devant son créateur, omettre de dire notre peine face au mal qui nous ronge ? Faudrait-il se rendre complice de ce mal en omettant volontairement de l’exposer dans notre prière au Seigneur ? Non. Le seigneur prend notre fardeau si nous lui livrons. Venez-à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos, dit le Seigneur (Mt 11, 28). Allons vers lui, le cœur grand ouvert, et livrons lui notre peine. Et quant à l’ennemi, faudrait-il le laisser se perdre dans le mal sans même tenter de lui porter secours ? Notre cœur est-il à ce point si petit, si fermé, que nos ennemis devraient être simplement anéantis sans même qu’il ait eu la joie de connaître le nom du Seigneur ? Sans même qu’ils puissent se repentir ? Non ! Ne soyons pas complice du mal. Que les méchants « cherchent ton nom, Seigneur ! », demande le psalmiste au verset 17, et qu’ils sachent que « toi seul, tu as pour nom Le Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre ! », verset 19. L’apparence âpre de ce psaume peut occulter l’amour et la foi immense qui ont guidé le psalmiste. Puissions-nous tous connaître le nom du Seigneur afin que son règne vienne sur la terre, un règne qui conduisent tous les hommes à la paix et à l’amour.
Cri d’appel à Dieu.
Le Psalmiste implore le secours du Seigneur à l’occasion d’une coalition formidable des Etats voisins contre le royaume de Juda, […] celle des Moabites, des Ammonites, etc., sous le règne de Josaphat (II Ch 20, 5-12). L’auteur du cantique est sans doute un lévite de la famille d’Asaph, nommé Jahaziel, « qui était poussé par l’Esprit de Dieu à promettre une complète délivrance (Ibid. 14-17). »
Que Dieu défende Israël contre les ennemis conjurés pour sa perte (vers. 2-9) ; qu’il les châtie comme il a châtié autrefois les Madianites et les Chananéens (10-13) ; qu’il les disperse et les confonde, et les amène ainsi à reconnaître sa toute-puissance (14-19).
Au sens spirituel, ces ennemis du peuple de Dieu représentent les adversaires de Jésus-Christ pendant sa passion, et ceux de son Église.
Extrait du Psautier Monastique №370 de 1938, Éditions Sainte-Madeleine
Notes
  1. Édom était situé au sud de la Mer Morte. Ses habitants, les Édomites, étaient des nomades qui se sont sédentarisés à la fin du deuxième millénaire av. J-C. La bible relate entre Israël et les Édomites de nombreux conflits et massacres. Les Édonites avaient un père commun avec Israël : Ésaü, un frère de Jacob (Gn 26, 21).
  2. Ismaël était le premier des fils d'Abraham. Alors que Dieu avait promis à Abraham un descendance nombreuse, sa femme Sara qui était toujours stérile, se sentit humiliée et s'impatienta. Elle commanda donc à Abraham de concevoir un fils avec sa servante égyptienne Agar (Gn 16). Ce fils était Ismaël et il donna naissance à des tribues nomades qui habitaient entre l'Arabie et l'Assyrie (Gn 25, 18).
  3. Moab était le fils de Loth (le neuveu d'Abraham, de Sodome) qu'il avait conçu avec sa fille ainée (Gn 19, 34-38). Il donna naissance au royaume de Moab, les Moabites (ceux de Moab) ; nomades qui habitaient l'est de la Mer Morte, dans l'actuelle Jordanie. Le royaume de Moab fit partie de ces voisins avec lesquels Israël entra souvent en conflit.
  4. Ceux d'Agar, étaient une peuplade arabe qui désendait d'Agar, aussi appelée les Agaréniens ou les Hagrites. Ils étaient domiciliés à l'est de Galaad (I Ch 5, 10;18-22). Ils étaient des ennemis d'Israël.
  5. Guébal, aujourd'hui Byblos, ou Jbeil en arabe, dans l'actuel Liban ( voir la carte). Ses habitants étaient appellés les Guiblites (Jos 13, 5 ; Ez 27, 9). Ils étaient eux aussi des ennemis d'Israël.
  6. Ammon était le frère de Moab, celui que Loth a conçu avec sa fille cadette (Gn 19, 39). Il était le père des Ammonites, le peuple frère des Moabites (cf. la note sur Moab). Le royaume, situé au nord-est de la Mer Morte, avait pour capitale Rabbat-Ammon, aujourd'hui Amman en Jordanie ( voir la carte).
  7. Amalec était le fils d'Éliphaz et le petit-fils d'Ésaü (Gn 36, 12 ; I Ch 1, 36). Il était le chef d'une tribue Édomite (Gn 36, 16 et cf. la note sur Édom) et était à la tête des Amalécites, situés dans la partie septentrionale de l'Arabie Pétrée.
  8. La Philistie était la zone géographique où habitaient les philistins. Les philistins étaient une branche des peuples de la mer arrivés de la Grèce et des îles voisines vers le XIIIe siècle av. J-C. Repoussés par les égyptiens de Ramsès III, ils s'établirent sur la plaine côtière au sud de la Palestine en cinq territoires : Gaza, Asdod, Ashkélon, Accaron ou Ekron et Gat (Jos 13, 3 ; I S 13, 19). Énemis d'Israël, ils étaient redoutables car ils savaient se fabriquer des armes en fer (I S 13, 19).
  9. Tyr était la ville portuaire des phéniciens au nord de la Palestine, dans le sud de l'actuel Liban ( voir la carte). L'activité économique y était considérable mais les richesses qui y circulaient étaient communément considérées comme mal acquises. Les habitants de la ville n'étaient pas des ennemis directs d'Israël, mais ils encouragaient ouvertement les confédérés.
  10. Assour ou Assur donna son nom à l'Assyrie et est une ancienne région du Nord de la Mésopotamie ( voir la carte). C'est à partir de cette région que s'est formé au IIe millénaire av. J-C un royaume puissant qui est devenu par la suite un empire. Assour à cette époque peut être décrite comme une cité-état annimée par une forte activité marchande.
  11. Les fils de Loth : Moab et Ammon, désignent les deux royaumes frères, Moabites et Ammonites, qui sont à l'initiative de la coalition contre Israël (cf. les notes sur Moab et Ammon).
  12. Madian ou Madiane, était l'un des fils d'Abraham conçu avec Qetoura sa concubine (Gn 25, 1-6). Il était le père des Madianites, tribues nomades établie au Nord-Ouest de la péninsule arabique. Au temps des Juges ces tribues remontairent jusqu'à la plaine d'Izréel, où Gédéon, l'un des plus fameux Juges, les a vaincu victorieusement par la grâce du Seigneur, délivrant Israël de sept années d'affrontement (Jg 6-8). Le célèbre « Le jour de Madian » a aussi été évoqué par Isaïe comme un modèle de victoire (Is 9, 3 ; 10, 26).
  13. Yabin ou Yabine était un puissant roi cananéen et Sissera était le commandant de son armée. La région de Canaan était située le long de la rive orientale de la mer Méditerranée et s'étandait jusqu'au Jourdain (avant la conquête par Josué et les tribus d'Israël sorties d'Égypte). L'ancêtre de ce peuple était le patriarche Canaan, fils de Cham, second fils de Noé. Sissera et Yabin rappellent les noms glorieux de Débora, juge et prophétesse, et de Barac ou Baraq à qui le Seigneur a livré l'adversaire cananéen, au torrent de Qissôn, après 20 ans d'oppression (Jg 4-5).
  14. Le torrent de Qissôn ou Qishon, qui avait servi de champ de bataille à Débora, est une rivière qui traversait la plaine de Jesraël et qui se jettait dans la mer Méditerranée au pied du mont Carmel ( voir la carte). On peut supposer que gonflée par un soudain orage, cette rivière avait entrainé des milliers d'ennemis (cf. verset 16).
  15. Enn-Dor est une petite ville de la plaine de Jesraël, située à une dizaine de kilomètres au Sud-Est de Nazareth ( voir la carte) et rendue célèbre dans la bible par la visite de Saül chez la nécromancienne (I S 28, 7 et suivants). Le récit de Jg 4-5 ne mentionne cependant pas Enn-Dor. Dans Jos 17, 11, Enn-Dor est citée avec Taanak et Megiddo, deux villes associées à la défaite des rois Canaanéens dans le chant de Débora (Jg 5, 19), ce qui explique certainement le rapprochement fait dans le psaume 82. Aussi, des commentateurs, au lieu de lire Enn-Dor lisent En-Harod d'où Gédéon était parti pour combatre les Madianites (Jg 7, 1), située à une quinzaine de kilomètres à l'Ouest de Bet-Shân et à une dizaine de kilomètres au Sud d'Endor.
  16. Oreb et Zéèb étaient des chefs madianites vaincus par Gédéon (cf. note sur Madian et Jg 7, 25). En hébreu, Oreb veut également dire « le corbeau » et Zéèb « le loup ».
  17. Zéba et Salmuna étaient des princes madianites vaincus par Gédéon (cf. note sur Madian et Jg 8, 5 et suivants). Zéba signifie « sacrifié » en hébreu et Salmuna « refus de protection ».
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